La Maison des Arts et de la Culture à Beyrouth, un projet emblématique

English version follows
Entretien avec Dima Samaha, coordinatrice générale de Gaia Héritage
Sous l’impulsion du Ministère de la Culture Libanais et grâce au financement du Sultanat d’Oman à hauteur de 20 millions de dollars, le quartier Ghalghoul de Beyrouth va voir naître la « Maison des arts et de la Culture », une première au Liban. Pour sa construction, un concours international d’architecture a été organisé et remporté par le milanais Alberto Catalano. D’une surface totale de presque 20.000 m2, la nouvelle MAC sera composée d’un auditorium flexible de 800 places, d’une salle polyvalente (black box) de 300 places, d’une salle de cinéma de 200 places, d’espaces d’exposition, de studios de répétition, de cours et de production, d’une médiathèque, d’une cinémathèque, de bureaux et d’espaces commerciaux. Fin du chantier prévu en 2014.
Dima travaille à la coordination de GAIA-Héritage, structure spécialisée en ingénierie culturelle, et choisie comme consultant du Ministère de la Culture au Liban pour la conception de la Maison des Arts et de la Culture.

D’abord, pourquoi une Maison des arts et de la Culture à Beyrouth ? Quels sont ses principaux objectifs et ses missions ?
La MAC est une première dans son genre au Liban et dans le Monde arabe. Elle a pour mission première d’être un incubateur de la créativité, de l’art contemporain dans la région, de réunir les acteurs de la vie culturelle, de leur donner les moyens et l’espace nécessaires pour développer leur projet. La MAC entend faire de Beyrouth, à travers cet incubateur, une capitale artistique majeure liée aux autres lieux où se fait aujourd’hui l’art contemporain. La MAC sera donc un espace mais aussi une vitrine pour les artistes de la région.
Qui aura la charge de définir le programme artistique ?
Le MAC sera une structure publique dotée de l’autonomie de fonctionnement. Son  programme artistique se fera par son conseil et sa direction générale et artistique. Gaia a organisé le concours d’architecture et dans le cadre de cet évènement international qui a vu 767 inscriptions et 388 projets soumis du monde entier entrer en compétition, Gaia-heritage a mis en place un jury composé  d’architectes et de critiques d’art internationaux de haut niveau. Pour la programmation artistique Gaia s’entoure déjà de spécialistes en scénographie, arts de la scène, acoustique, organisation et programmation d’évènements culturels.
Comment la MAC sera-t-elle organisée au niveau interne (équipe, mode de fonctionnement etc.) ?
Le montage institutionnel et l’organigramme seront préparés durant la phase de construction.
Le projet a été initié par le Ministère de La Culture, quel est son rôle dans la mise en place du projet et dans son futur fonctionnement ?
Dans ce projet financé par le Sultanat d’Oman, le Ministère de la Culture est le client. Le financement a été obtenu du Sultanat d’Oman lors d’une visite officielle du Premier Ministre en Oman au cours de l’année 2006. 
Les galeries d’art sont les acteurs principaux de la scène artistique à Beyrouth, comment se place la MAC dans un tel paysage ? Ces acteurs artistiques et culturels ont-ils été impliqués dans la conception du projet ? et quels rôles auront-ils ?

Les galeries d’art et les associations sont, en effet, aujourd’hui les acteurs principaux. Le rôle de la MAC sera de soutenir leur travail et de contribuer à stimuler le secteur artistique libanais. La MAC ne remplacera jamais le secteur privé et associatif ; au contraire, il mettra à sa disposition des équipements que le secteur privé ne peut pas développer de lui-même. La MAC entend impliquer ces galeries et associations qui ont développé un savoir-faire, une connaissance et une expérience inestimable de la vie artistique et culturelle libanaise.

La MAC souhaite développer son réseau régional et international, comment cela va-t-il se concrétiser ?
A travers une très forte coopération avec les centres similaires internationaux. Nous sommes déjà en contact avec un certain nombre d’entre eux. Nous souhaitons bénéficier de leur expérience, leur expertise et mettre en place une véritable coopération, un échange par l’organisation d’expositions et de spectacles communs, de résidences d’artistes, de conférences.
Que peut apporter la Maison de la culture aux jeunes artistes ?
Un espace d’expression, de formation, de répétition, et de représentation. Un espace également pour se rencontrer, se côtoyer et rencontrer le public libanais. La MAC apporte les moyens dont ces artistes ont besoins et dont ils ne bénéficient pas nécessairement. Un réseau de contacts et une vitrine sur l’étranger. Un espace, des moyens, un réseau, une vitrine et aussi une équipe qualifiée.
Alors que le secteur artistique est très peu soutenu au niveau public, penses-tu que cette initiative du Ministère de la Culture pourrait être l’amorce d’une véritable politique culturelle au Liban ?
Oui, ce projet, s’il aboutit, constitue un premier pas important qui vise à remettre l’Etat dans le circuit de la politique culturelle libanaise. La MAC n’a pas pour objectif une fois sur pied d’écraser ou d’écarter les initiatives individuelles qui ont vu le jour au sein d’associations, ONG, fondations, galeries ou autres, bien au contraire. Elle entend les booster et pallier au manque de ces structures.

Ce projet a suscité un certain scepticisme et des réserves sur la réalité des engagements du Ministère mais aussi sur le futur mode de fonctionnement de cette structure. Peux-tu m’en dire un peu plus ?
Il est normal qu’un projet pareil suscite scepticisme et doutes. Les artistes libanais ont jusqu’à présent dû développer et concevoir leur projet, trouver des financements, sans aide financière ou logistique véritable de l’Etat, avec les moyens de bords, l’aide surtout d’acteurs culturels parallèles. L’arrivée du Ministère dans le paysage culturel va nécessairement être empreint de doutes. Mais le sérieux, le professionnalisme et la rigueur avec lesquels la MAC a été et est en train d’être conçue balayera naturellement ce manque de confiance. Les artistes auront un rôle majeur à jouer dans le fonctionnement et l’existence de la MAC. Nous allons donc les impliquer, car sans eux cette maison n’a pas de raison d’être.
Quelles sont les prochaines étapes du projet ?
Les étapes à venir sont avant tout de conclure la signature des contrats qui lient les différentes parties, a savoir architectes, ingénieurs, client et maitre d’ouvrage. Par la suite obtenir et formaliser le permis de construire. Commencer la construction et parallèlement débuter la mise en place de la programmation artistique, du recrutement du personnel etc. L’ouverture est prévue courant 2014.
Entretien réalisé par Barbara Coffy
Plus d’infos__________________________________________________________
Le site de Gaia Heritage
Le site du concours d’architecture
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English version
THE HOUSE OF ARTS AND CULTURE IN BEIRUT : A FLAGSHIP PROJECT
Interview with Dima Samaha, General Coordinator of Gaia Héritage
Under the leadership of the Lebanese Ministry of Culture and with funding from the Sultanate of Oman to the tune of $ 20 million, the district Ghalghoul in Beirut is about to witness the birth of the « House of Arts and Culture, a first in Lebanon . For its construction, an international architectural competition was held and won by the Milanese Alberto Catalano. With a total surface area of ​​nearly 20,000 m2, the new HAC will consist of a flexible 800-seat auditorium, a multipurpose room (black box) of 300 seats, a 200 seat theatre, exhibition rooms, rehearsal, course and production studios, a library, a cinema, offices and commercial spaces. The end of construction is planned for 2014.
Dima works on coordinating GAIA-Heritage, an organisation specialised in cultural engineering structure, and was selected as a consultant for the Ministry of Culture in Lebanon for the design of the House of Arts and Culture.
First of all,  why a House of Arts and Culture in Beirut? What are its main objectives and tasks?
The HAC is the first of its kind in Lebanon and the Arab world. Its primary mission is to be an incubator of creativity, of contemporary art in the region to bring together the actors of cultural life, to empower them and provide the space to develop their projects. The HAC intends to make Beirut, through this incubator, a major Art capital linked to other places where today’s contemporary art is made. The HAC will be a venue but also a showcase for local artists.
Who will be responsible for defining the art program?
The HAC is a public structure operating autonomously. His artistic program will be devised by its board and by its executive and artistic management. Gaia has organized an architectural competition and as part of this international event which saw 767 entries and 388 projects submitted from around the world to compete, Gaia-Heritage established a panel of high-level architects and international art critics. For its artistic programming Gaia has already hired specialists in design, performing arts, acoustics, organisation and cultural event planning.
How will the HAC be organised internally e.g. team, operating etc.?
The institutional and organisational chart will be prepared during the construction phase.
The project was initiated by the Ministry of Culture. What is its role in the implementation of the project and its future operation?
In this project funded by the Sultanate of Oman, the Ministry of Culture is the client. Funding was obtained from the Sultanate of Oman during an official visit of the Prime Minister in Oman in 2006.
Art galleries are the main actors of the art scene in Beirut. What role does the HAC have in such a landscape? These artistic and cultural actors have been involved in the design of the project? What roles will they have?  
Art galleries and associations are, in fact, today the key players. The role of the HAC will be to support their work and help stimulate the arts in Lebanon. The HAC will never replace the private and voluntary sector, on the contrary it will provide equipment which the private sector cannot develop itself. The HAC intends to involve these galleries and associations who have developed expertise, knowledge and an invaluable experience of the artistic and cultural life in Lebanon.
The MAC wants to develop its regional and international network. How will this materialize?
Through a strong cooperation with similar international centres. We are already in contact with a number of them. We want to benefit from their experience, expertise and establish effective cooperation and exchange by organizing joint exhibitions and performances, artist residencies, lectures.
What can the House of Culture do for young artists?
It is a place of expression, training, rehearsal and performance. It is also a place to meet and brush shoulders with the Lebanese public. The HAC provides the means these artists need and which they do not necessarily benefit from: a network of contacts and a showcase abroad, a venue, resources, network, showcase and also a qualified team.
While the arts get very little support from the Authorities, do you think this initiative by the Ministry of Culture could be the beginning of a real cultural policy in Lebanon?
Yes, this project, if completed, is an important first step is to put the State into the circuit of cultural policy in Lebanon. The HAC does not aim, once it is set up, to crush or remove individual initiatives that have emerged within associations, NGOs, foundations, galleries etc., quite the contrary. It intends hears the support them and overcome their lack of structures.
This project has generated some scepticism and reservations about the reality of the Department’s commitments but also on the future mode of operation of this structure. Can you tell me a little more?
It is normal that such a project raises doubts and scepticism. So far Lebanese artists have had to develop and design their projects, find funding, without financial or logistics help from the State, with the equipment at hand, especially with cultural actors on the side. The arrival of the Ministry in the cultural landscape is obviously met with caution. But the seriousness, professionalism and thoroughness with which the HAC has showed and is showing will naturally dismiss this lack of trust. Artists will have a major role to play in the operating and existence of the HAC. We’ll ensure their involvement, because without them this House has no raison d’être.
What are the next steps of the project?
The next steps are first and foremost to conclude the signing of contracts between the different parties, namely architects, engineers, customer and client; subsequently, to obtain and legalise the construction permit; To begin construction and at the same time start with artistic programming, staff recruitment etc.. The opening is planned for 2014.
Interview by Barbara Coffy
More infos__________________________________________________________
Gaia Heritage website
The architecture competition website
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2 commentaires pour La Maison des Arts et de la Culture à Beyrouth, un projet emblématique

  1. nicole khoury dit :

    Je vous ai entendu sur l’emission de radio canada, Babylone Cafe, et je suis tres contente de cette inititaive artistique. Il est temps que les artistes libanais soient entendu et vu.

  2. seince dit :

    Bonjour,

    Site très intéressant.

    Cordialement

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