La Furie des Glandeurs, des bulles pleines de subtilités et d’humour

English version follows


La Furie des Glandeurs est un fanzine de bandes dessinées créé en avril 2011 par Zeina Bassil et Wissam Eid, tous deux illustrateurs. Né du constat qu’il n’existe pas d’éditeur de bande dessinée au Liban, le fanzine se définit comme « une plateforme pour tous les illustrateurs libanais talentueux ».

Tous les deux mois, les lecteurs auront l’occasion de découvrir les travaux d’illustrateurs professionnels et amateurs sur un thème précis. Pour la première édition du fanzine, six illustrateurs proposent douze planches en français, anglais et arabe autour du thème « Beyrouth Bobo ». Des bulles pleines de subtilités et d’humour au ton parfois très mordant  !


Pour commencer, pouvez-vous m’en dire plus sur vos parcours respectifs, votre rencontre et la genèse du projet ?
Nous sommes deux étudiants en illustration et Bande Dessinée à l’Académie Libanaise des Beaux Arts (ALBA). Nous aimions travailler ensemble et nous étions sur la même longueur d’onde. Zeina, fan de Charlie Hebdo, m’a proposé un jour de collaborer sur le projet de fanzine. Les fanzines et quotidiens de critiques sociales en bandes dessinées manquent au Liban. D’où le besoin de remplir ce vide, surtout que les sujets sociaux ne manquent pas. Avec l’aide d’une équipe et de conseillers dont Raed Charaf, Gregory Buchakjian, Rania Naufal, Jad Jureidini, La Furie a vu le jour le 8 Avril 2011 à Papercup store.
Pourquoi avez-vous souhaité mettre en place un comité autour du projet ?
Légalement, pour enregistrer La Furie, nous avions besoin d’un comité. Nous avions prévu de le faire pour se protéger légalement du plagiat et de la censure. Comme nous nous sommes déjà entourés de personnes qui nous ont beaucoup aidé officieusement pour le premier numéro, nous avons donc décidé d’officialiser la chose pour pouvoir grandir et évoluer grâce à leurs conseils et leurs avis.

 

Raed, son pote et sa mitraillette visitent les bars bobos de Hamra 

 

Comment expliquez-vous ce vide en ce qui concerne l’édition de Bande Bessinée au Liban ?
La bande dessinée n’est pas un art courant au Liban et au Proche-Orient. Les gens ne lisent pas vraiment de BD et considèrent le dessin comme enfantin. Les éditeurs ne prennent pas le risque de publier des livres BD qui ne seront probablement pas rentables. Les stars de la BD libanaise comme Zeina Abi Rached et Mazen Kerbaj ont été découverts par des éditeurs français.
Avez-vous l’intention de vous ouvrir au reste du Proche-Orient tant dans le contenu que pour la distribution du fanzine ?
Le fanzine a pour vocation de s’adresser à un public libanais. Les thèmes et sujets abordés tournent autour de la société libanaise. Il est difficile de dire si cela susciterait un intérêt dans le reste du Proche-Orient. Mais nous n’excluons pas l’idée, peut être qu’un jour nous le ferons.

 

Wissam entasse les expressions, les icônes, les clichés bobo dans son Shawarma géant.
Une bouchée de bobo? 

 

En ce qui concerne le contenu du fanzine, vous ne souhaitez pas aborder la politique et la religion. Pour quelles raisons avez-vous pris cette décision?
Ces deux sujets sont très sensibles au Liban. Comme le Liban est un pays où règne le multiconfessionnalisme et où la politique est instable, il est difficile d’aborder le sujet sans recul. De plus, nous souhaitons éviter que La Furie prenne parti ou qu’elle soit étiquetée politiquement ou religieusement. Peut-être plus tard quand elle aura plus de notoriété, nous pourrons aborder ces sujets avec subtilité et intelligence.
Pouvez-vous m’expliquer le choix du multilinguisme du fanzine ?
La langue est un autre obstacle pour une publication au Liban. Nous sommes plurilingues et certains sont plus à l’aise en français, d’autres en anglais et certains parfois en espagnol ou en allemand. Il est difficile de demander à un bédéiste qui réfléchit en français de s’exprimer en arabe ou en anglais et inversement. L’humour et les insinuations sont difficilement traduisibles. Notre cible maîtrise en général l’arabe, le français et l’anglais, d’où le choix d’adopter le multilinguisme a la Furie.

 

Wassim n’a pas froid aux yeux et enquête sur les bobos à travers Marcel Duracel 


Le premier thème choisi a été Beyrouth Bobo. Pour quelles raisons avez-vous choisi ce thème pour le premier numéro ?
Pour commencer, nous avions envie d’aborder un sujet amusant. Les bobos feront partie des lecteurs de La Furie et nous vivons nous-mêmes parmi ce type de personnes. C’est un phénomène intéressant qui prend de plus en plus d’ampleur à Beyrouth notamment avec la mode du slow fooding. Cela nous paraissait être un sujet original et inattendu qui n’a pas été vraiment traité au Liban. Nous avons alors proposé le sujet aux différents illustrateurs sans leur imposer de restrictions particulières. Nous voulions juste qu’ils nous offrent leurs visions personnelles sur ce que représentent les bobos. Et comme nous avions l’intention de lancer le premier numéro à Papercup store (où Zeina travaille depuis plus d’un an), qui se trouve justement dans le quartier Bobo de Mar Mikhael, nous avons estimé que le tout semblait assez logique. En fait, pour le choix de nos thèmes, nous faisons un brainstorming avec l’équipe sur le thème à aborder. Les illustrateurs sont un petit cercle au Liban et comme nous les connaissons presque tous, nous contactons ceux dont le travail et le style nous semblent coller avec le thème.
Comment souhaitez-vous faire évoluer le projet ?
Le comité permanent que l’on a mis en place pour La Furie est constitué de personnalités reconnues de la société libanaise qui nous aideront à évoluer, élargir nos horizons et accroître la notoriété de La Furie. Pour l’instant, nous nous attachons à constamment améliorer le contenu du fanzine, sa subtilité tout en faisant en sorte d’augmenter le nombre de pages offertes aux lecteurs. Par la suite, l’objectif est bien sûr d’élargir le réseau de distribution.
Entretien réalisé par Maël Le Tolguenec
La Furie des Glandeurs est disponible à Papercup store, El Bourj et au Beirut Art Center.
A lire en bas de page:  Édito  »Beyrouth Bobo » de Alexandre Medawar.

 

Bienvenue chez les bobos! Où ils vivent et comment? Découvrez l’écosystème de nos amis 

 


Contributeurs au numéro 1___________________________________________
Bahij Jaroudi
Couverture de La Furie de Glandeurs_ Issue 1
http://bahijj.blogspot.com/
Alexandre Medawar
Edito ( à lire en bas de page)
Raed Charaf
Raed, son pote et sa mitraillette visitent les bars bobos de Hamra
http://raedcharaf.wordpress.com/
Wassim Mouawad
Wassim n’a pas froid aux yeux et enquête sur les bobos à travers Marcel Duracel
http://w.fungusworkshop.com/
Joseph Kai
Joseph Kaï revisite les bobos à travers les caractères de Bobhomme et Bobemme
http://kaijoseph.yolasite.com/
Wissam Eid
Wissam entasse les expressions, les icônes, les clichés bobo dans son Shawarma géant.
Une bouchée de bobo?

http://wissameid.blogspot.com/
Zeina Bassil
Bienvenue chez les bobos! Où ils vivent et comment? Découvrez l’écosystème de nos amis
http://www.zenobie.biz/

Le Comité de La Furie______________________________________________
Rania Naufal, propriétaire de Papercup Store
Ghida Younes, copywriter et publicitaire, ancien directeur de création de Leo Burnett Liban
Marya Ghazzaoui, directeur artistique à Leo Burnett Liban
Gregory Buchakjian, photographe et historien d’art
Jad Jureidini, responsable marketing et communication à Leo Burnett Liban

Edito  »Beyrouth Bobo » de Alexandre Medawar
______________________________
On m’a mis en garde : pas de politique ni de religion, lâche-toi sur le reste. Dommage, j’adore la politique et la religion, les deux mamelles du crime et de la bêtise bien partagées par les chefs de tribus et de clans au Liban. Non, vraiment dommage, on aurait pu parler des menaces de jugement international, des espions homosexuels, de déstabilisation, des bombes par-ci par-là, de curés pédophiles, de muezzines sodomites, de mains coupées et d’achat d’armes en cachette. Bon, j’arrête, sinon on va être censuré. Revenons donc au sujet du jour…
J’ai retourné le bourgeois-bohèmes beyrouthin dans tous les sens, je l’ai pressé pour voir s’il en sortait du jus, j’ai fouillé dans ses poils, j’ai mis mon doigt dans ses trous puis j’ai reniflé, j’ai gratté son mucus que j’ai observé avec une loupe, celle de mon couteau suisse. Ca n’a rien donné de spécial. Le bobo est un bourgeois comme les autres. Le côté bohème, c’est un concept marketing pour mieux identifier celui ou celle qui remplacera son iPhone 4 par un iPhone 5 au premier jour de sa sortie, pour développer des visuels cool et légèrement subversif autour de la nouvelle collection de Diesel, ou encore pour calibrer d’une manière pointue et authentique la communication sur les bienfaits du Quinoa et du slowfooding. Tout au plus, le côté bohème revendiqué du bobo est juste un petit coup de gueule bien dirigé par les post soixante-huitards pour faire chier les vieux cons qui partent à la retraite. Bref, le bobo est sans intérêt paléontologique, agronomique, culinaire ou philosophique (le reste, je m’en torche). On en chope donc deux ou trois qui traînent entre Clémenceau et Mar Mikael, on les énuque d’un coup sec puis on les fout sur dans un bocal de formol. Et hop, on range le bocal à côté de ceux contenant les autres spécimens de la modernité : le révolutionnaire, le babacool, la féministe non épilée, le syndicaliste, l’alter-mondialiste, le branché, le métro-sexuel, le martyr, la MILF porno-chic, l’eco-warrior, l’intermittent du spectacle, le consultant, le décroissant, le trader, le pro-palestinien, l’anti-occidental et le queer. Belle collection de branleurs. A qui le tour ?
Alexandre Medawar

English version_____________________________________________

La Furie des Glandeurs: bubbles filled with subtlety and humour

La Furie des Glandeurs (The fury of the Layabouts) is a comic fanzine created in April 2011 by Zeina Bassil and Wissam Eid both of whom are illustrators. The fanzine was founded after realisation there was no comic publishing house in Lebanon and is described as « platform for all Lebanese talented illustrators ».

Every two months, readers have the opportunity to discover the work of professional illustrators and amateurs on a specific theme. For the first edition of the fanzine, six illustrators offer twelve pages in English, French and Arabic around the theme « Bobo Beirut. » They are bubbles full of subtleties and humour with a sometimes very caustic tone!


For starters, can you tell me more about your respective careers, how you met and the genesis of the project?
We are two students in illustration and comics at the Lebanese Academy of Fine Arts (ALBA). We liked working together and we were on the same wavelength. Zeina, a fan of Charlie Hebdo – a French satirical newspaper – was offered a day’s work on the fanzine. There is a shortage of comic fanzines and daily newspapers involved in social criticism in Lebanon. Hence the needs to fill this void, especially as social subjects are bountiful. With the help of a team of advisers including Raed Sharaf, Gregory Buchakjian, Rania Naufal, Jad Jureidini, La Furie was born on April 8, 2011 at Papercup store.
Why did you want to set up a committee on the project?
Legally, we needed a committee to register the Furie. We planned this to protect ourselves legally from plagiarism and censorship. As we were already surrounded by people who helped us informally for the first issue, we decided to make things official in order to grow and develop thanks to their advice and opinion.

 

Raed, his friend and his gun visiting Bobo bars in Hamra   

 
How do you explain this shortage of Comic publishing in Lebanon?
Comics are not a popular art in Lebanon and the Middle East. People do not really read comics and view drawings as childish. Publishers do not take the risk of publishing comic books that are unlikely to be profitable. Stars of Lebanese comics such as Zeina Abi Rached and Mazen Kerbaj were discovered by French publishers.
Do you intend to open to the rest of the Middle East in both the content and the distribution of the fanzine?
The fanzine was intended to for a Lebanese audience. Themes and topics revolve around Lebanese society. It is unclear whether this would create an interest in the rest of the Middle East. But we do not exclude the possibility, maybe we will one day.

 

Wissam is piling Bobo expressions, icons and clichés in his giant Shawarma. A mouthful of Bobos?
 
Regarding the content of the fanzine, you do not wish to discuss politics and religion. Why did you take this decision?
These two issues are very sensitive in Lebanon. Since Lebanon is a multiconfessional country where politics are unstable, it is difficult to broach the subject without hindsight. In addition, we wish to avoid La Fury taking sides or being labelled politically or religiously. Maybe later when it has more notoriety, we can discuss these issues with subtlety and intelligence.
Can you explain the choice of the multilingualism of the fanzine?
Language is another obstacle for publication in Lebanon. We are multilingual and some are more fluent in French, English and some others in Spanish or German. It is difficult to ask a cartoonist who thinks in French to express himself in Arabic or English and vice versa. The humour and innuendo are not easily translatable. Our target reader usually masters Arabic, French and English, hence the choice of multilingualism.

 

Wassim has no fear and investigates Bobos through Marcel Duracell
 
The first theme was Bobo Beirut. Why did you choose this theme for the first issue?
We wanted to talk about something fun with something fun. The Bobos will be among the readers of La Furie and we live among those people. It is an interesting phenomenon which is becoming increasingly important especially in Beirut with the trend of slow fooding. It appeared to be an original and unexpected topic that had not really been treated in Lebanon. We then proposed the topic to various illustrators without imposing restrictions. We just wanted them to give us their personal views on what are Bobos. And as we intended to launch the first issue at the Papercup Store -where Zeina worked for over a year-, which is located precisely in the neighbourhood of Mar Mikhael Bobo, we felt that everything seemed logical enough. In fact, to select our choice of topics, we brainstorm the topic to be addressed with the team. Illustrators are a small circle in Lebanon and as we know almost all of them, we contact those whose work and style seem to stick with the theme.
How would you like to the project to develop?
The standing committee which was set up for La Furie is made up of eminent persons of Lebanese society who will help us develop and expand our horizons and advertise La Furie. For now, we strive to continually improve the content and subtlety of the fanzine, while making sure to increase the number of pages available the readers. Subsequently, the objective is obviously to expand the distribution network.
Interview by Mael Tolguenec
La Furie des Glandeurs is available at Papercup store, El Burj and the Beirut Art Centre.
Footnote:  Editorial « Beirut Bobo by Alexandre Medawar.

 

Welcome to Boboland! Where and how do they live? Explore the ecosystem of our friends
 
Contributors to issue 1___________________________________________
Bahij Jaroudi
Cover of La Furie des Glandeurs_ Issue 1
http://bahijj.blogspot.com/
Alexandre Medawar
Editorial (read at the bottom)
Raed Sharaf
Raed, his friend and his gun visiting Bobo bars in Hamra
http://raedcharaf.wordpress.com/
Wassim Mouawad
Wassim is not afraid and investigates the Bobos through Marcel Duracel
http://w.fungusworkshop.com/
Joseph Kai
Joseph Kai revisits the Bobos through the characters Bobhomme and Bobemm
http://kaijoseph.yolasite.com/
Wissam Eid
Wissam piles expressions, icons, photographs Bobo in his giant Shawarma.
A mouthful of Bobo?
http://wissameid.blogspot.com/
Zeina Bassil
Welcome to Boboland! Where and how do they live? Explore the ecosystem of our friend
http://www.zenobie.biz/
 
The Committee of La Furie ______________________________________________
Rania Naufal, owner of Papercup Store
Ghida Younes, advertising copywriter and former creative director of Leo Burnett Lebanon
Ghazzaoui Marya, artistic director at Leo Burnett Lebanon
Gregory Buchakjian, photographer and art historian
Jad Jureidini, head of marketing and communications at Leo Burnett Lebanon
  
« Bobo Beirut » editorial by Alexandre Medawar ______________________________
I had been warned: no politics or religion, but no holds barred with the rest. Too bad, I love politics and religion, which are the two mainstays of crime and stupidity well shared by the heads of tribes and clans in Lebanon. No, this is really a pity, we could talk about the threats of international trial, gay spies, destabilisation, of bombs here and there, paedophile priest, sodomite muezzins, of severed hands and hidden arms deals. Well, I better stop, otherwise we will be censored. So back to today’s topic.
I have looked at Beirut bourgeois-bohemian from every angle, I have squeezed it to see if  juice came out, I searched through its hair, I put my finger in its holes and then sniffed it, I scratched  mucus I watched with a magnifying glass, the one on my Swiss Army knife. To no avail. The Bobo is a bourgeois like the rest.
The bohemian style is a marketing concept to better identify the person who will replace his w iPhone 4 with an iPhone 5 on the first day of its release, to develop cool and slightly subversive visuals about the new Diesel collection, or to calibrate a sharp and authentic communication about the benefits of quinoa and slowfooding. At most, the bohemian side the Bobo claims is just a little rant properly directed by the post sixty-eighters to piss the old farts who are retiring. In short, the Bobo has paleontological, agricultural, culinary and philosophical interest – I couldn’t care less about the rest. We grab two or three of them lying between Clemenceau and Mar Mikael, castrate them sharply then we shove them in a jar of formaldehyde.
And presto, we put the jar away next to those containing other specimens of modernity: the revolutionary, the Hippies, the unshaved Feminist ,the  trade unionist, the alter-globalist, the hipster, the metro-sexual, the martyr, the porno-chic MILF, the eco-warrior, the show business contract worker, the consultant, the survivalist, the trader, the pro-Palestinian, the anti-Western and the queer. They are a beautiful collection of tossers. Who’s next?
Alexandre Medawar


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