« Regards sur la Rue », une performance urbaine de Tabadol

English Version Follows
Des jeux d’ombre et de lumière, des scènes intimistes, théâtrales et musicales, la performance «Regards sur la rue» propose d’investir l’espace urbain comme terrain d’expression et d’expérimentation à travers un parcours dans les rues Hamra et Spears, autour de la Zico House. Le spectateur averti ou celui qui tombe par hasard sur cet attroupement de personnes, tenant de petits panneaux demandant aux voitures de ne pas klaxonner, se laisse alors guider par d’étranges personnages à travers la rue pour en découvrir ses recoins – ceux auxquels nous ne prêtons pas attention au quotidien : un trottoir, un muret, une porte de garage, une ruelle entre deux immeubles en construction, un parking.. Fruit d’une rencontre entre l’association française Tabadol et des artistes libanais, la performance est l’aboutissement d’une collaboration de plusieurs semaines entre des artistes de différents domaines, venus de Lyon et de Beyrouth, partager leur expérience. La rue comme espace politique, terrain de création et de rencontre, tout l’enjeu de cette performance est d’en faire une zone de dialogue et d’expression.  Interview collective.

Pouvez-vous me parler de Tabadol et du parcours qui vous a mené à Beyrouth ?

Tabadol constitue des projets à vocation culturelle et environnementale qui font se rencontrer et travailler ensemble des personnes de milieux sociaux et culturels différents afin de remettre en question les notions d’identité, de territoire, de communautarisme.
En 2009, Tabadol a réalisé deux projets qui se sont déroulés à Chabtine, un village au Nord du Liban et à Beyrouth. Le premier a permis à des français et à des libanais de rénover un sentier de randonnée. Le deuxième a permis la réalisation d’une pièce de théâtre franco-libanaise autour de la question de l’identité.
Ces deux projets nous ont donné l’envie de pousser plus loin l’aventure humaine et artistique. Nous avons décidé de mettre en place « Regards sur la rue ». Le projet a fait se rencontrer cinq artistes français et cinq artistes libanais à Beyrouth dans un premier temps. La thématique de la rue a été choisie car c’est un espace public, le lieu des déplacements, des échanges, des croisements : un terrain propice pour explorer les questions d’identité, de culture et de territoire en croisant nos regards et disciplines artistiques.
Le projet « Regards sur la rue » ne se termine pas à Beyrouth. Les artistes libanais seront accueillis en France en février 2012 pour un nouveau mois de collaboration qui pourra partir ou non des matériaux, des idées et des travaux réalisés à Beyrouth, en s’inspirant cette fois-ci des rues de Lyon. Cette deuxième étape du projet est la condition d’un échange culturel exigent qui permettra à l’ensemble des participants d’élargir le champ des questionnements liés à la rue. 

Comment s’est initiée et déroulée cette collaboration avec des artistes libanais, comédiens, graphistes et vidéastes ? 

Nous nous sommes tous rencontrés à Beyrouth. Nous avons passé une première semaine de workshops et de brainstormings pour partager à la fois nos pratiques, nos points de vue, nos idées, nos désirs.
Les deux semaines suivantes ont été consacrées à la réalisation des projets nés de ce premier temps de rencontre. Vidéos, photos, scénographie, pièces de théâtre, déambulations impromptues, danses improvisées, affiches, happenings, cartographie subjective, etc.
La rencontre de février est importante car c’est une nouvelle étape de collaboration, dans un cadre culturel différent qui nourrira nos échanges artistiques et humains de nouvelles données, sensations, réflexions, projets….

Un travail sur la rue, comme espace politique et citoyen, et comme terrain d’expression et de création : en quoi Beyrouth est un lieu propice à une telle réflexion et à une telle performance ?
L’enjeu de ce mois à Beyrouth a été de lier la question de la création à la question de l’espace de la rue, de lier art et politique. Que déclenche un acte artistique dans la rue ? Que vient-il révéler ? Pourquoi choisir cet espace ? Parler de la rue à l’intérieur, parler de la rue dans la rue, parler d’autres choses dans la rue, toutes ces possibilités ont nourri le travail.
Beyrouth, par son architecture qui mêle les époques, qui garde des traces de tout son passé, nous a beaucoup interrogés. Elle nous a interrogé sur l’absence, la trace, ce qui gît là et ce qui naît, comme un choc des temporalités. Beyrouth invite à s’interroger sur le temps. Par son cosmopolisme religieux et culturel, elle nous a amenés à questionner son organisation, sa représentation. Comment vit-on Beyrouth ?
Au delà de la singularité de la ville de Beyrouth, la rue (ici et ailleurs) est par essence un espace citoyen et politique. C’est l’espace qui reflète l’état de santé d’une ville, d’une société.  C’est en cela qu’elle est un espace qu’il est nécessaire d’investir artistiquement pour faire surgir les questions importantes,  interpeller tout un chacun. C’est le lieu où il est possible d’abolir les cloisonnements qui peuvent séparer les citoyens et les habitants d’un même territoire.

 Que garderez-vous de cette expérience collaborative ? Que garderez-vous de Beyrouth ?
De Beyrouth : des images, des sensations, des questions. De cette expérience de travail : l’envie d’approfondir notre collaboration, d’investir davantage la rue.
Interview et photos par Simon Pochet
Plus d’infos sur la site de Tabadol

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English Version
Regards sur la Rue, an urban performance by Tabadol
Playing with shadows and light, intimate scenes of music and drama, the performance Regards sur la rue (Visions of the Street) is an invitation to explore the urban territory as a space of expression and experimentation following an itinerary through the streets of Hamra and Spears around the Zico House. The informed spectator, or he who comes across by chance this gang of people  holding small placards requesting cars not to beep their horn, is led  through the streets by strange characters with the objective of discovering their recesses that which we do not pay attention in our everyday lives – a pavement, a low wall, a garage door, an alley between two buildings in construction and a parking lot. The result of an encounter of a French association, Tabadol, with Lebanese artists, the performance is the outcome of a collaboration of several weeks between artists with different artistic backgrounds, who travelled from Lyon and Beirut to share their experience. Using the street as a political space, a ground for creation and encounters, the challenge of this performance was to turn the Street into a space of dialogue and expression.  Here is a collective interview.
Tell us about Tabadol and what brought you to Beirut.
Tabadol creates projects with cultural and environmental goals which enable people from different social and cultural backgrounds to meet and work together with the objective to challenge the concepts of identity, territory and community.
In 2009, Tabadol completed two projects in Chabtine, a village in the North of Lebanon, and in Beirut. The first one enabled French and Lebanese people to refurbish a trekking path. The second helped stage a French-Lebanese play dealing with the issue of identity.
Those two projects   inspired us to take the human and artistic experience a step further. We then decided to put together Regards sur la rue. At first, this project brought together five French artists and five Lebanese artists in Beirut. The theme of the Street was chosen as it is a public space, a place of travel, of sharing and of encounters; it is a fertile ground to explore the issues of identity, of culture and of territory by sharing our views and artistic skills.
The project Regards sur la rue did not end in Beirut. The Lebanese artists will be welcomed in France in February 2012 for another  month of collaboration which could be based on the material, ideas and works carried out in Beirut but this time taking inspiration from the streets of Lyon. This second stage of the project is the condition for a demanding cultural exchange which will enable all participants to extend the range issues in relation to the street.
How did you come to collaborate with Lebanese artists, actors, graphic designers and video directors and how did this collaboration take place? 
We all met in Beirut. We first spent one week brainstorming and in a workshop to share our practice, our views, our ideas and our wishes. The two following weeks were devoted to carrying out the projects we agreed upon when we first met i.e. videos, pictures, scenography, plays, spontaneous strolling, improvised dancing, posters, happenings, subjective cartography etc. February’s meeting will be an important stage as it is a new stage of collaboration in a different cultural setting which will fuel our artistic and personal exchange with new data, sensations, thinking, and projects and so on.
A study of the Street as a political and citizen space and as a place of creation and expression – how did Beirut help fuel this reflection and performance?
This month’s challenge in Beirut was connecting the issue of creation to that of the area of the Street, and connecting art with politics. What triggers an artistic performance in the street? What does it reveal? Why choose this territory? Speaking of the Street from the inside, speaking of the Street from the Street, and speaking of other things from within the Street – all of these possibilities have fuelled our work.
Due to its architecture which combines eras, which shows traces of its entire past, Beirut challenged us a lot. It called into question what was missing, traces, that which lied there and that which was born as in a clash of ages. Beirut is an invitation to question time. Because of its religious and cultural cosmopolitism, the city induced us to question its organisation and its representation. How do people live in Beirut?
Beyond the particularity of the city of Beirut, the Street – here and elsewhere – is by essence a citizen and political space. It is this space which reflects the strenght of a city and of a society that’s why it is necessary to artistically seize control of it with the objective of raising the issues which are important and of challenging everyone. This is the place where partitions which keep citizens and inhabitants of a same territory apart can be abolished.

What will you retain from this collaborative experience? What memories will you keep of Beirut?
Beirut conjures images, sensations and questions. This work experience has been an incentive to take our collaboration further and to explore the Street more deeply.
Interview conducted and pictures by Simon Pochet
___________More information on the site Tabadol

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